Suite de la traversée en solitaire de Bernard Gilboy ...

Cet épicier américain, ancien matelot de la Navy, fait construire par un chantier naval de San Francisco pour 400 $, un canot de type "pointu" avec lequel il va entreprendre une incroyable aventure : la traversée en solitaire du Pacifique de San Francisco à l'Australie.Pour financer son projet, Gilboy vend son épicerie dans la plus grande discrétion (il n'en parle même pas à son épouse). Dés l'embarcation terminée, il charge vivres, armes et bagages et prend la mer sans avoir essayé son bateau."Pacific", nom peu original qu'il lui a donné, et son capitaine quittent le port de San Francisco le 18 aout 1882 devant quelques curieux. L'un d'eux lui crie " On ne prend jamais la mer un Vendredi !".

Gilboy n'en a cure et se lance dans une remontée catastrophique de la baie dont les eaux sont fréquemment agitées.Le bateau est trop chargé et ne soulage pas. Personne ne donne la moindre chance de réussite à cet intrépide navigateur qui semble partir pour une aventure vouée à l'échec.Et pourtant !A l'avant, la soute aux vivres, à l'arrière "la cabine" de 1.80 m de long et 0.80 m de hauteur. Dans la soute aux vivres, il charge 14 barils de 40 litres d'eau, 80 kg de biscuit de mer, une multitude de conserves dont du pain en boites soudées et tout un matériel complètement hétéroclite comprenant entr'autre ; un pistolet, un fusil de chasse, un parasol, une chaufferette, des fanaux. Pour la navigation, il s'équipe d'un sextan, d'un compas, d'un chronomètre, d'une montre, d'un routier du Pacifique et d'un loch à poisson*.

Assis sur le pont, jambes dans l'étroit trou d'homme (40 cm X 60 sm) Gilboy organise sa vie à bord. Quand il se repose, il jette son ancre flottante du côté du vent, amène foc et misaine, borde la grand'voile et amarre la barre au milieu. Ainsi, le bateau dérive et l'ancre flottante tient l'étrave debout à la lame. La première semaine, il parcours 501 miles ce qui fait une moyenne de 70 miles par jour environ. En raison de vents assez faibles, cette moyenne s'atténue progressivement et Gilboy, qui relève méthodiquement les distances parcourues chaque fin de semaine, note sur son livre de bord : 2 = 441 miles, 3 = 317 miles, 4 = 244 miles.  Pendant 29 jours, il est contraint de tirer des bords carrés pour compenser ce manque de vent avant de trouver enfin l'alizé.

Durant les premiers jours, il croise des bateaux à vapeurs et pour éviter un abordage nocturne, veille à la barre et attend l'aube pour dormir. D'ordinaire, il lui faut une demi-heure pour prendre la position de repos et à peu près le même temps pour être paré à refaire route. Le 6 octobre, il est réveillé par un choc brutal. Le bateau a touché une énorme tortue. Gilboy écrit : "Je l'attrape par une nageoire postérieure, la hisse à bord 'un coup sec et lui coupe la tête (...) une demi heure plus tard, un énorme requin attiré par le sang vient par l'arrière. Je réussis à l'écarter à coups de harpon juste avant qu'il n'arrache le gouvernail " 

Peu aprés, le bateau reçoit un choc plus violent encore. Il vient de heurter une épave qui flotte entre deux eaux ; la quille racle, mais le bateau passe. Pas d'avarie.

Le Pacific aprés la traversée

Les jours s'écoulent et le journal de bord, qu'il publiera plus tard, note les événements marquants de la traversée. Rencontre avec un troupeau de baleines, des marsouins. Gilboy harponne des bonites, mais il a oublié d'embarquer le sel et il doit rejeter à la mer ce qu'il ne peut consommer le jour même.

Le courant l'a dérivé vers l'est. Fort à propos, une bonne brise Est-Sud-Est lui permet de rattraper le temps perdu. Les poissons volants qui tombent à bord la nuit sont une excellente aubaine, car il commence à s'inquiéter du long chemin qui lui reste à parcourir et il réduit à deux le nombre de ses repas. Il fait l'inventaire de ses provisions : 75 livres de pain en boîtes soudées, 360 litres d'eau et les autres denrées dans les mêmes proportions. Les restrictions s'imposent, car Gilboy est à environ 200 milles dans le nord des Touamotous.

Le 15 novembre, une voile est en vue dans le sud. C'est le trois-mâts-goélette "Tropicvance" venant de Tahiti et faisant route vers San Francisco. Gilboy en profite pour se faire confirmer sa position et il accepte une provision de fruits frais. Mercredi 13 décembre, il double le 180e méridien, le ciel est nuageux, l'alizé frais, la mer grosse. Soudain, une lame déferle sur l'arrière. Gilboy manœuvre en vain pour l'éviter. Il écrit " 21 heures. Une lame brise juste sous le gouvernail, je corrige la barre, en vain. Le bateau chavire immédiatement et se retourne sur moi. Je reviens à la surface du côté au vent et je me hisse sur la coque (...) Je plonge récupérer l'aussière de l'ancre flottante puis passe du côté sous le vent et tire de toute mes forces pour redresser le bateau. Aprés une heure d'efforts exténuants je le remets à l'endroit et commence à couper les haubans quand il se retourne à nouveau. Cette fois je le redresse plus rapidement, et une fois sur le pont, dégrée précipitamment les deux mâts, les amarre sur l'aussière de l'ancre flottante et file le tout par dessus bord pour maintenir le bateau face à la houle, le temps d'écoper."  

Gilboy fait le bilan des pertes : compas emporté, majeure partie des provisions gâtées par l'eau de mer, grand mât et voile perdus, gouvernail disparu ... et cela à plus de 1400 milles de la côte Est de l'Australie. Il se met au travail pour réparer les avaries, monte un aviron de queue et essaye de faire route, mais le bateau est déséquilibré. Gilboy envergue sa bonnette sur sa deuxième rame, qu'il plante en tape-cul.

Ce morceau de toile se révèle extrêmement utile aussi bien pour faire route qu'en panne. Deux jours aprés le chavirage, une forme sombre longe le bateau. "Tiens, un espadon..." pense Gilboy hagard d'épuisement. Le poisson s'éloigne puis fait face à l'embarcation et se jette sur le flanc. Son rostre épée traverse la coque. L'eau jaillit dans la cale et Gilboy aveugle la voie d'eau avec des méches de lampe à pétrole.

Portrait de Bernard Gilboy avant le départ

Aprés son arrivée, il avait perdu plus de 13 kilos durant sa traversée.

129 éme jour de mer - veille de Noel 1882 - il double l'île de Fern. Il écrit : " Je suis à 1200 milles de l'Australie. Il ne reste que 12 livres de viandes et de poisson en boite, un demi gallon d'alcool et 15 gallon d'eau. Les chances de voir un navire sont minces. " 

Il met le cap sur la Nouvelle-Calédonie, mais un vent du nord constant l'oblige à renoncer à l'escale de Nouméa. La ligne de loch se prend dans le récif et casse. Le voilà sans aucun moyen de contrôler la route parcourue. À partir du 6 janvier, il ne peut donner sa position. De temps en temps, il s'empare d'un oiseau et s'en fait une soupe. Mais ses forces diminuent. Il met plus souvent en panne. Un jour, il perd son aviron de queue et doit installer un gouvernail en utilisant les portes du caisson arrière. Le 21 janvier, il est affamé et sombre dans une léthargie. Il écrit : " J'étais tellement affamé que je détachais les grosses bernacles de la carène, les machais et les recrachais (...)  29 janvier : demain il ne me restera qu'un peu d'eau, je ne vivrais plus trés longtemps à moins d'être secouru et commence à abandonner tout espoir. " Ce jour là, il cesse d'écrire son journal de bord.

Quelques poissons volants l'empêchent de mourir de faim. Le bateau navigue sans être gouverné. De temps en temps, Gilboy corrige la position des voiles. Il se sent de plus en plus faible et  laisse le bateau naviguer au gré des vents et des courants. Il médite longuement sur son triste sort, affalé sur le pont, complètement épuisé. Dans un effort, il lève encore la tête, et alors le miracle se produit : devant lui, à une huitaine de milles, une voile court entre le sud et l'ouest. L'espoir lui donne de nouvelles forces et il change de cap pour couper la route au navire. Il agite son pavillon au bout d'une gaffe, mais sans résultat. Il amène le pic et y fixe son pavillon. La voile passe droit devant le Pacific, et Gilboy commence à désespérer. Il tire les six dernières cartouches avec son pistolet quand il la voit tout à coup virer de bord. Trois heures plus tard, il est hissé à bord au bout d'un filin. Le bateau sauveteur est le schooner Alfred-Vittery. Gilboy y reçoit un accueil réconfortant et tous les passagers lui témoignent une vive sympathie.

Recueilli à 160 miles des côtes Australiennes, il a parcouru plus de 7000 milles sans escale, navigué 162 jours et vaincu le Pacifique dans des conditions inhumaines. Il débarque à Maryborough et, ébranlé, doit y suivre un régime sévère. Il éprouve alors le besoin de bavarder sans cesse bien que chaque parole lui occasionnât des douleurs atroces dans la tête et dans les poumons. Enfin, le 9 avril, il s'embarque pour la Nouvelle Galles du Sud, avec l'intention d'y exhiber le Pacific, car la curiosité de toute l'Australie est particulièrement excitée par son aventure marine et ses péripéties dramatiques. Il est devenu célèbre et le public nombreux défile devant le "Pacific"  bien endommagé.

 

Ainsi se termine l'histoire de ce navigateur oublié qui, quarante ans avant Alain Gerbault, affrontait courageusement, en solitaire, l'immensité océane.

Le loch à poisson est le système classique le plus ancien pour mesurer la distance parcourue et la vitesse d'un bateau. Une hélice montée sur un fuseau lesté était traînée à l'arrière, par un câble d'une cinquantaine de mètres ou plus. Ce câble était relié à un réducteur à engrenages, sur cardan, affichant la distance sur aiguilles et compteurs à rouleaux. Ce beau système marchait parfaitement, avec une précision de quelques pour-cent. L'inconvénient était que la lecture ne pouvait se faire que directement au balcon arrière. L'absence de répétiteur était un handicap gênant pour les gros navires. La vitesse était mesurée par un chronomètre sur un tour de l'aiguille (0.1 ou 1 mille) puis division à la règle à calcul ou par lecture d'une table.

Rappel : Vitesse = Distance / Temps

Loch à poisson

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